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Les chiens de neige, qui sont des chiens de Sibérie, du Nord canadien et du Groenland, ne sont pas tous chiens de traîneau. Certains sont chiens de garde ou chiens de chasse, mais tous les chiens de traîneau sont chiens de neige.

La traîne, mot qui évoque des impressions de force, de fatigue, d'endurance, de privation, de courage, d'héroïsme et de mort, ce n'est pas seulement l'ensemble du traîneau chargé en matériel et provisions et traîné par les chiens, c'est aussi l'effort commun fait par les hommes et les chiens.

Tout autour du cercle polaire, durant la plus grande partie de l'année, le sol est recouvert de glace et de neige; aucun transport sur roues ne peut être envisagé, seul le traîneau est à même de véhiculer des chargements que le chien, mieux que tout autre animal, peut traîner.

Le Lapon, dans le nord de la Scandinavie, attelle des rennes, mais le renne ne peut s'éloigner des terrains où pousse son lichen. En revanche, le chien est remarquablement adapté à l'utilisation du traîneau dans des régions où, en dehors des provisions que l'on emporte, on ne peut espérer trouver comme nourriture que les produits de la chasse ou de la pêche. Avec lui, le problème de la nourriture est simplifié.

Comme animal de trait sur des sols aussi variés, il possède une grande supériorité; très souple de corps, ayant des pieds garnis de poils et les doigts bien charnus, armés d'ongles solides, aucun accident de terrain ne le rebute. Pour travailler et peiner par des températures rigoureuses, il possède un avantage particulier : il ne transpire pas et ne risque pas, comme le cheval, que la sueur se glace sur lui, entraînant de graves conséquences. Quels que soient ses efforts, le chien maintient son équilibre intérieur par une respiration accélérée; sa peau n'est jamais humide et son sous-poil, toujours sec, l'isole de la température extérieure; il est donc bien protégé contre le froid, non seulement par son sous-poil laineux et serré réparti sur tout son corps, mais aussi par une fourrure de poils rudes, longs ou demi-longs, qui assure une certaine imperméabilité.

La rigueur du climat est à la base de la sélection de cette race; les sujets qui ne peuvent résister meurent avant d'être en âge de reproduire; mais bien d'autres causes de sélection sont intervenues pour fixer ce type très particulier, du point de vue tant physique que du point de vue psychique.

De l'avis à peu près unanime, on considère que le chien de neige est proche du loup; certains prétendent que c'est un loup, peu à peu domestiqué; d'autres estiment que cette ressemblance n'est due qu'à des apports de sang fortuits de loup polaire, dont le type s'est progressivement fixé. Cette opinion paraît la plus conforme à la biologie, car l'accouplement du loup et du chien, on le sait, est fécond, et donne des produits qui ne sont pas des hybrides stériles.

Le chien de neige aurait hérité du loup son endurance à la fatigue et sa résistance aux privations, tout en conservant le caractère affectueux qui l'attache à l'homme.

Dans ces paysages ingrats, le principal souci de l'homme est, rappelons-le, d'assurer sa nourriture. Cela l'oblige, suivant les saisons, à de longs déplacements, allant des terrains de chasse aux lieux de pêche, ce qu'il ne peut faire qu'avec ses chiens. Il ne conservera que des chiens travailleurs et résistants, la nourriture étant trop précieuse pour qu'on la donne aux paresseux ou aux débiles; toute bouche inutile sera sacrifiée, ce qui complète la sélection opérée par la nature. Ces sélections successives, éliminant les tares pour ne conserver que les valeurs, ont fait des chiens nordiques une race empreinte des plus grandes qualités.

Il est intéressant de noter le comportement spécial des chiens de traîne et leur entente par clan et par attelage. Cette entente ne va pas sans batailles sévères. Ces animaux possédant un influx nerveux qui les incite à imposer leur supériorité, ils le mettent à l'épreuve dans des batailles où s'affirme le plus fort. Après quelques luttes semblables, le plus fort prend conscience de sa valeur, les autres de leur infériorité; le souvenir des blessures aidant, le respect de l'autorité s'établit, le chef s'est affirmé.

Un seul grognement de sa part rétablira l'ordre et peu à peu une certaine tranquillité existera dans le clan. Il en est de même pour les attelages, qui possèdent tous leur chef; lorsque celui-ci joint à sa force une intelligence supérieure à celle des autres, rien n'est plus précieux, car c'est lui qui, en liaison avec le conducteur, fera marcher l'attelage. Il ne faut pas confondre le chef ou leader avec le chien de tête, auquel on demande d'être rapide et intelligent; on met souvent une ou deux chiennes en tête, tandis que le chef est toujours dans le corps de l'attelage.

La conduite se fait à la voix. Il faut donc des chiens bien dressés, ayant de l'attachement à leur maître, ou tout au moins pliés à son obéissance, ce qui est en général le cas avec les Esquimaux et surtout avec les Indiens, qui sont beaucoup plus durs.

Savoir conduire des chiens est difficile et pénible, car même avec un attelage bien en main, les traits se mêlent, s'entrecroisent, se soudent avec le froid; un moment arrive où il faut remettre tout en ordre. Les incidents de route sont nombreux et variés. A l'appui des commandements, les conducteurs ont un fouet à manche court dont la lanière atteint facilement 8 m de long. Ce fouet, que les Esquimaux manient avec une très grande habileté, sert à exciter les chiens par son seul claquement, et à préciser aux chiens de tête la direction que l'on veut leur faire prendre; — pères et frères oblats, il met aussi un terme aux batailles. Les Européens —, qui aiment les chiens, arrivent à obtenir par missionnaires du Grand Nord leur compréhension de l'âme animale un rendement bien supérieur à celui qu'obtiennent les Esquimaux.

Le chien Samoyède

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En Sibérie occidentale d'Asie, le long des bords de la mer de Kara, la contrée située au-dessus du cercle polaire, s'étendant de la Petchora et traversant l'Obi, l' Iénisséi jusqu'à la presqu'île de Taymir, a vu s'établir la tribu des Samoyèdes. Sur cette vaste étendue de toundras désolées, qui durant la plus grande partie de l'année est recouverte de neige et de glace, où les températures atteignent les limites les plus basses, les Samoyèdes vont, suivant les saisons, des terrains de chasse aux lieux de pêche, se déplaçant au moyen de traîneaux tirés par leurs chiens.

Ces chiens font tellement partie de leur existence que le même nom de Samoyède désigne et la tribu et ses chiens. Ceux-ci possèdent effectivement des qualités surprenantes, réunissant en un même tempérament des qualités affectives et de douceur que l'on trouve rarement, même dans les races les plus adaptées à la civilisation.

Très calme au repos, le Samoyède fait preuve au travail d'un influx nerveux très puissant; attelé au traîneau ou utilisé à toutes sortes de chasses, il répond à tout ce qui lui est demandé. A ses belles qualités de caractère il joint la beauté physique.

C'est le compagnon idéal.

Le chien Samoyède est d'une bonne taille (0,52 et 0,60 m), avec la tête classique du type Spitz. Il est pourvu d'une magnifique fourrure composée d'un poil long, droit, un peu rude, et d'un sous-poil extrêmement dense, doux et laineux, qui le recouvre entièrement et l'isole du froid comme de la chaleur — ce qui explique qu'il puisse s'acclimater en tous lieux, même les plus chauds. Sa peau n'a pas l'odeur de fauve qu'ont certaines races ; mouillé, il ne dégage aucune odeur, ce qui est appréciable dans un appartement. Il est tout particulièrement heureux de vivre dans l'intimité de ses maîtres, étant d'un naturel éminemment sociable. Joie des enfants avec lesquels il joue sans la moindre brutalité, c'est un gardien vigilant, qui prévient à la moindre alerte; mais son aboiement est joyeux, c'est beaucoup plus un souhait de bienvenue qu'une menace, et, comme pour le Keeshond, il est rare de rencontrer un Samoyède qui morde.

Chez les Samoyèdes, on trouve des chiens de toutes couleurs; le blanc est assez généralisé. C'est en Angleterre qu'ont été ramenés les premiers Samoyèdes par des explorateurs polaires, tels que Scott, aux environs de 1887. Leur excellent caractère les fit immédiatement apprécier; on en commença l'élevage et la sélection. Les premiers importés étaient en général particolores, mais quelques-uns étaient blanc pur. La fourrure blanche étant très flatteuse, les éleveurs anglais laissèrent de côté
ceux de couleur, pour ne sélectionner que sur la couleur blanche.

D'Angleterre, l'animal a été introduit en France, où sa race est de plus en plus appréciée.

On peut croire que ce chien est d'un entretien difficile. C'est une erreur; pour conserver un Samoyède propre et blanc, il ne faut surtout pas le laver...

Laver un chien nordique est toujours dangereux, surtout s'il porte une fourrure, celle-ci étant très longue à sécher. Le lavage, outre qu'il fait courir un risque à l'animal, abîme sa fourrure et principalement son sous-poil, et décape le poil de son suint, qui, tel un vernis, le préservait des souillures. Dépourvu de ce suint, le poil se salit plus rapidement; l'entretien du Samoyède consiste donc uniquement à le peigner, pour débarrasser la fourrure de la bourre morte, et à le brosser. Pour entre-
tenir la fourrure en parfait état de propreté, il suffit, tous les quinze ou vingt jours, de la saupoudrer abondamment avec du talc et de la frotter comme si l'on effectuait un lavage. Ce nettoyage à sec la débarrassera de toutes ses impuretés.

Pour les chiens blancs, on peut ajouter au talc un quart de poudre de carbonate de magnésie léger. On peut également, contre les parasites, incorporer une petite quantité de poudre insecticide ou de soufre lavé. S'il est souillé par la boue, on attendra qu'il soit sec, puis un simple coup de brosse fera tout disparaître.

Le Chien Esquimau

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Le type mongoloïde des tribus esquimaudes suggère l'idée que, provenant de Sibérie, hommes et chiens sont venus peupler le Nord canadien et, de là, le Groenland.

C'est dans ces tribus que les chiens ont été le plus utilisés et s'y sont le mieux développés en puissance et en formes, acquérant le type classique du bel Esquimau, avec beaucoup plus d'homogénéité que chez les chiens des Tchouktchi de la Sibérie orientale, qui ont subi l'influence des apports continentaux.

Le Chien Esquimau, très lié à l'homme, montre un attachement et une fidélité souvent plus développés que dans des races depuis toujours en contact avec la civilisation. On lui a fait une réputation de méchanceté; elle est surfaite, car le véritable chien autochtone, qui vit avec les tribus, demeure au contraire très doux.

L'adaptation de ce chien aux régions déshéritées est remarquable; non seulement il en supporte toutes les intempéries, mais, à la traîne, il est infatigable, fournissant des étapes de 80 km par jour et parcourant pendant les neuf mois d'hiver de 15 000 à 20 000 km. A Nôme, en Alaska, au sweepstake entre attelages et conducteurs de traîneaux, il détient le record, établi avant 1914, de 750 km en soixante-quinze heures, repos compris. L'Esquimau possède un sens d'orientation très précis; perdu
dans la tourmente, on libère de l'attelage les chiens les plus sûrs et, en les suivant, l'on revient au campement. Il a aussi un sens remarquable de la neige et des traîtrises du sol, dont il contourne les passages dangereux en évitant les ponts de neige peu sûrs.

Très ardent à la chasse, il excelle dans la poursuite des caribous et dans la chasse à l'ours.

Tandis que les tribus esquimaudes restaient cantonnées au-dessus du cercle polaire, les Indiens vivaient beaucoup plus au sud. Séparés par de grands espaces, ils l'étaient aussi par leurs mœurs, leurs usages et leur culture. Très peu de relations existaient entre eux.

L'Indien, chasseur et trappeur, avait, lui aussi, besoin de se déplacer en hiver avec traîneaux et chiens; il eut aussi des Chiens Esquimaux. Mais, plus dur de caractère, moins soigneux envers les animaux, faisant des apports plus fréquents de sang de loup, il obtint des chiens très résistants à la fatigue et aux mauvais traitements, cependant qu'il perdait les qualités esthétiques et psychiques du Chien Esquimau. Le chien de l'Indien est désigné sous le nom de Siswash.

Lorsque le Canada commença à se peupler d'Européens, les Chiens Esquimaux, très appréciés, se généralisèrent dans le pays. Tout en conservant leurs caractéristiques premières, certaines différences de détail s'établirent dans l'apparence extérieure suivant les régions où ils furent utilisés et dans lesquelles ils se reproduisirent, sans pour cela qu'il soit possible de déterminer une race différente. Suivant les régions, ces chiens reçurent des noms locaux tels que Mackensie, Labrador, Groenlandais, Malamute. Leur ensemble s'appelle en Amérique « Husky nom qui ne désigne pas -une race, mais plutôt la fonction de chiens de traîne.

Dans les expositions canines américaines, ces chiens sont dénommés « Siberian-Husky donnant ainsi créance à une provenance d'origine sibérienne.

Les Chiens Esquimaux sont d'une taille de 0,60 à 0,65 m, ils ont la tête oblongue caractéristique des grands Spitz, auxquels on demande, en plus d'un corps harmonieux, bien construit, une bonne fourrure, l'expression nordique et une manifestation de force et de puissance.

En 1953, les Missions polaires françaises en ramenèrent en France un lot magnifique qui avait été choisi parmi les meilleurs chiens de traîne. Remis à divers éleveurs, ils ont fait souche et sont de plus en plus appréciés par les amateurs de beaux chiens.